Littérature

Ryad Girod, Les yeux de Mansour

Ryad Girod, Les yeux de Mansour

Riyad. Arabie Saoudite. Un homme, Mansour, est sur le point d’être décapité sur Al-Safa Square. Son ami, le narrateur, est le témoin halluciné et impuissant de cette exécution. Qui est Mansour ? Un idiot magnifique qui roule dans le désert en Chevrolet Camaro rouge, descendant de l’émir algérien Abdelkader (qui défia la colonisation française au XIXe siècle, et finit par se rendre et s’exiler en Syrie). Il traîne dans le petit milieu expatrié, assiste à une visite du président français François Hollande, et connaît une cruelle et mystérieuse histoire d’amour…

Tout le roman tient dans la voix du narrateur, un chant lancinant et funèbre rythmé par les cris de la foule : Gassouh ! Gassouh ! (Coupez-le). Elle convoque avec férocité et ironie l’histoire du monde musulman, la gloire perdue des Arabes, les grands maîtres soufis, la géopolitique contemporaine. Entre désir mystique de pureté, violence fanatique, lâcheté et compromis diplomatiques. Les personnages se croisent dans un Mall gigantesque, un hôpital flambant neuf, des réceptions d’ambassade, entre artifice, luxe et dépersonnalisation. Enfin l’autre territoire du roman, c’est le désert où se réfugie le narrateur pour divaguer, interroger la faillite cruelle de ce monde et dénoncer sa perversion religieuse, métaphysique.

Éditeur original : P.O.L

Critiques

  • Le texte avance en cercles concentriques, en Algérie, en France, au Moyen-Orient, invitant à une méditation sur une identité souvent dévoyée […]. Méditation poétique qui fait tourbillonner époques et pensées comme la danse giratoire des soufis, le roman est tout autant ancré dans le présent.
    La Croix, Sabine Audrerie, 21 mars 2019
  • Écrit dans une langue envoûtante qui déroule ses sortilèges au fil d’un subtil jeu d’échos, de réminiscences et de répétitions, Les Yeux de Mansour célèbre l’héritage soufi contre l’islam noir et violent en rappelant que tout peuple qui perd une pensée « se rue inévitablement dans la violence et l’autodestruction ». C’est fort, subtil et merveilleux.
    Le Figaro n° 23203, Sébastien Lapaque, 21 mars 2019

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