Littérature

Marin Tince, Et l’ombre emporte ses voyageurs

Marin Tince, Et l'ombre emporte ses voyageurs

Voici donc un roman, pas autre entendons-nous bien, tout de pompé dans ma petite féerie intime et rafistolé çà et là sur mes genoux, des coins de table, dans les voitures. Autant dire que j’anime simplement mes petits personnages internes, pas plus, rien n’est vrai, ni les êtres et ni les faits, pas confondre, le romanesque n’est pas feint, il y va bien de la romance. Les quinze premières petites années en somme d’un affligé de l’existence, ahuri, effaré devant toutes les choses humaines, remuglant des pensées rébarbatives afin de se persuader qu’il comprend. Foin de suspens je vous le dis tout nettement il ne comprendra jamais rien à rien ce petit personnage tiré de mes soubassements. Je ne tartinerai donc pas plus épais sur la bête, tout est dit, m’épancher plus avant ne serait point à mon avantage. On peut tortiller tout ce que l’on veut et dans tous les sens, la vie, c’est vraiment rien qu’une figure imposée, vraie guerre d’usure.

Né en 1965, Marin Tince vit en province où il travaille. Il a exercé divers métiers à Paris. Il écrit depuis toujours. Il n’a jamais publié jusqu’ici.

Éditeur original : Seuil

Critiques

  • Littéralement hors norme, ce premier roman voilé de mélancolie relève d’un parti pris littéraire radical. Pour nous faire entrer dans la mémoire de son narrateur, titi parisien pris dans le tourbillon des années 1970, Tince a réussi à créer une langue, un incroyable assemblage de métaphores et d’audaces stylistiques.
    Les Inrockuptibles n° 1237, Sylvie Tanette, 14 août 2019
  • Il a quelque chose d’une complainte, le récit tel que le narrateur le déroule et le ressasse, dans une langue à la fois poétique et triviale, savant amalgame de parler populaire désuet ou recréé et de mille réminiscences littéraires (Baudelaire, Céline…). Il aurait pu relever du pittoresque, mais cette langue le hisse tout ensemble vers l’élégie et l’épopée.
    Telerama n° 3634, Nathalie Crom, 4 septembre 2019, TT
  • Ce prodigieux précis de décomposition, geyser de noirceur mélancolique, charrie une logorrhée fabuleuse, une langue percutante, des expressions jamais lues, des mots inventés (rambour, balpeau, poulope, déclafté…), un glossaire inédit et inépuisable. Happé, admiratif, subjugué, le lecteur, cloué par des scènes sidérantes et des dialogues au chalumeau, cherche des points d’appui.
    La Croix n° 41505, Jean-Claude Raspiengeas, 12 septembre 2019
  • Avec une faconde pleine d’argot, d’onomatopées, de phonétismes, de trouvailles sémantiques, de métaphores inimaginées… Dans laquelle on progresse parfois comme dans un maquis, mais qui produit son effet d’immersion.
    Libération n° 11900, Frédérique Roussel, 7 et 8 septembre 2019
  • Avec une verve rare, Marin Tince hypnotise en s’emparant du plus menu détail. Il offre une attention éperdue aux sensations et aux paysages enfuis, compose une ode aux visages chavirés et aux heures disparues. Il y a de la douceur dans cette tendresse désolée accordée aux choses du passé, mais aussi le mordant de la colère pour tous les vaincus de l’existence.
    Le Point n° 2454, Sophie Pujas, 12 septembre 2019
  • Soit le style chaotique et l’usage d’un parler populaire nous rebutent, soit le flot nous emporte et on se laisse guider dans les méandres des souvenirs.
    Lire n° 478, Josyane Savigneau, septembre 2019

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