Littérature

Ian McEwan, Une machine comme moi

Ian McEwan, Une machine comme moi

Londres, 1982. Dans un monde qui ressemble à s’y méprendre au nôtre, quelques détails dissonent : les Beatles sont toujours au complet, les Anglais ont perdu la guerre des Malouines et le chercheur Alan Turing est encore en vie. Grâce à lui, les prouesses technologiques sont inouïes et les avancées scientifiques en matière d’intelligence artificielle fulgurantes. C’est ainsi que Charlie fait l’acquisition d’un « Adam », un androïde doté de l’intelligence artificielle la plus perfectionnée qui soit. Adam ressemble beaucoup à un humain, sait faire la conversation, écrit des poèmes et proclame son amour pour Miranda, la compagne de Charlie. En dépit de la jalousie que cette déconcertante situation induit, le trio vit en bonne entente, insensible aux catastrophes économiques et sociales qui bouleversent l’Angleterre après l’assassinat du Premier ministre et la possibilité d’une sortie de l’Union européenne. Mais Adam et ses semblables ont été conçus pour respecter les règles et ne parviennent pas à accepter les imperfections du monde – notamment le mensonge. La situation va alors se compliquer au sein de cet inquiétant ménage à trois.

Dans ce roman subtil et subversif, à l’humour noir et à la pertinence redoutable, Ian McEwan explore le danger de créer ce que l’on ne peut contrôler, et pose une question mélancolique : Si nous construisions une machine qui puisse lire dans nos cœurs, pourrions-nous vraiment espérer qu’elle aime ce qu’elle y trouve ?

Éditeur original : Gallimard

Critiques

  • L’idée de brouiller les repères n’est pas la seule singularité du nouveau roman, excellent, de Ian McEwan. Derrière l’uchronie, « Une machine comme moi » décrit un monde pétaudière, en plein désarroi socio-économique, où l’humain risque de devenir obsolète. Mais il s’agit aussi d’une méditation, tantôt drôle, tantôt effrayante, sur le mensonge, l’apprentissage, la définition de l’humanité et de la création.
    Lire n° 481, décembre 2019 / janvier 2020
  • Prenant la suite d’Isaac Asimov et Philip K. Dick, le romancier britannique questionne à son tour la folie des hommes, éternels inventeurs de Golem et de créatures qui leur échappent.
    La Croix n° 41608, Nathalie Lacube, 16 janvier 2020
  • McEwan nous propose un conte voltairien, un Micromegas de l’absurde. Il décrit la modernité fatiguée dans une Angleterre au bout du rouleau, celle du Brexit à venir, avec ses parquets qui grincent, son chômage, ses automobiles rouillées, ses robots poètes. Toujours maître de sa prose élégante.
    Marianne n° 1192, Stéphane Koechlin, 17 janvier 2020
  • « Une machine comme moi » est le miroir de notre époque : Brexit, désir de transparence et de vengeance, course à l’innovation et dénonciation des violences sexuelles. Avec son goût pour les sciences et son sens épatant de la description sociologique, Ian McEwan peint notre monde envahi de contradictions.
    Elle n° 3864, Virgine Bloch-Lainé, 10 janvier 2020
  • Le parti pris de l’uchronie, cette réécriture de l’histoire à partir d’un passé modifié, offre au roman un décor à la fois très réaliste et déstabilisant : ce début des années 1980, minutieusement réinventé par Ian McEwan […]. Fiction érudite et spéculative, souvent étourdissante, « Une machine comme moi » s’interroge sur le poids de la conscience humaine face aux performances des programmes informatiques et des algorithmes.
    Telerama n° 3652, Nathalie Crom, 8 janvier 2020, TTT
  • Même si l’on n’aime guère les romans d’anticipation, on est séduit dès la première page. Virtuosité, malice, érudition, alacrité : voici un McEwan grand cru.
    Le Monde n° 23339, Florence Noiville, 23 janvier 2020
  • C’est toujours avec ce talent de l’écrivain britannique pour la comédie sociale que démarre « Une machine comme moi ». […] L’histoire est en réalité incroyablement bien bâtie, et finement. Le roman mêle les préoccupations les plus sérieuses, la révolution de l’intelligence artificielle et ses conséquences, avec la satire sociale et politique.
    Libération n° 12047, Frédérique Roussel, 25 janvier 2020
  • À un questionnement théorique sur la nature de l’intelligence artificielle, Ian McEwan confère la fluidité et le rythme du roman. Ainsi, d’une façon différente de celle de Turing – et bien plus ancienne que l’intelligence artificielle –, il crée par la fiction un monde vivant qui concurrence le nôtre.
    Philomag, Philippe Garnier, 18 février 2020

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